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QUAND CIBOULETTE ETAIT TROTSKYSTE....

Mai 68 - Mai 2008... 40 après, pas un jour sans une évocation du joli temps où il pleuvait des pavés et où CRS et étudiants s'écharper joyeusement, le tout sur fond de barricades, de gaz lacrymogènes et d'incendies de bagnoles.

Les zazous de nos banlieues n'ont rien inventé, et depuis toujours, chez nous, quand on est pas content, on retourne les bagnoles et on y met le feu. Allez savoir pourquoi, mais c'est ainsi.

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... En mai 68, j'avais 11 ans, et j'habitais Strasbourg. Mémé Maria était chez nous en vacances et à ma plus grande joie, ses vacances s'étaient prolongées faute de train pour regagner son domicile parisien. Elle était morte d'inquiétude et suivait, via les quelques nouvelles que lui donnait mon grand-père, les exploits de mon oncle, étudiant et qui donnait dans toutes les manifestations, le meilleur de lui-même. C'est à dire qu'il soignait son lancer de pavé, son art de la barricade et surtout... sa pointe de vitesse à l'arrivée des CRS... au cri bien connu de : "CRS SS ! CRS SS !"

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Je suivais avec passion les exploits de mon tonton, espérant que la révolution m'attendrait. Il n'en fut rien. Et je dus attendre, comme tout le monde, l'âge de la première manif, de la première barricade et du premier jet de pavé sur la tronche du premier CRS.

Dieu merci, je n'attendis pas trop longtemps. Quatre ans après, nous habitions Toulouse. En effet, mon papa qui bossait au sein d'un cabinet d'études, avait été muté dans la Ville Rose afin de participer au vaste projet d'urbanisation de la périphérie toulousaine : LE MIRAIL.

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Je précise, ici, que si nous avons habité Strasbourg durant 4 ans aussi, c'était aussi pour que mon papa participe à un autre vaste projet d'urbanisation de la périphérie strasbourgeoise : LE NEUHOF.

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NEUHOF et MIRAIL

parleront certainement à beaucoup d'entre vous

et on sait ce que c'est devenu depuis.

Bref, toute mon enfance et mon adolescence se sont passées dans des chantiers perpétuels, peuplés de grues gigantesques, de béton, d'ouvriers casqués et de passages à gué des tranchées en cours de bétonnage. En effet, pour le confort des cadres et de leurs familles, nous étions logés dans des appartements dits "témoins" et mon papa et ses collègues bossaient dans d'autres appartements transformés, le temps du chantier en bureau d'études.

J'avais 15 ans, et je fréquentais la classe de 3e du CES Bellefontaine. (les anciens, laissez-moi ici vos messages !). Et à cette époque, un projet de loi scélérate vint nous provoquer : LA LOI DEBRE !!! Une loi qui avait l'outrecuidance de vouloir remettre en cause le sursis militaire de nos camarades étudiants masculins.

Le sang de la population étudiante et lycéenne ne fit qu'un tour, et la contagion des grèves et des blocages de "bahuts" se répandit comme une traînée de poudre, soutenue par tout le corps professoral et tout le monde se retrouvait dans d'énormes manifs qui se finissaient toutes sur la place du Capitole.

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En ce temps-là, j'avais un prof d'histoire-géo, que l'on disait "gauchiste". J'écoutais avec passion ses dicours enflamés contre la REPRESSION, le CAPITALISME, et L'ETAT POLICIER et surtout je découvrais : Trotsky et sa bande de joyeux lurons.

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A cette époque, yavait pas grand-chose à la télé (en grève), yavait pas internet et on lisait beaucoup. On lisait beaucoup, on se réunissait beaucoup aussi, et on refaisait le monde en étant sûr de pouvoir changer cette société pourrie. Si on ajoute à ça que j'avais une imagination galopante et une faculté à me monter le bourrichon toute seule, vous comprendrez que je pris très vite des responsabilités dans la  "cellule dont j'ai oublié le n°" composée d'ados entre 15 et 18 ans tous plus excités les uns que les autres.

C'est au son de l'INTERNATIONALE, et avec le plus grand sérieux que j'assumais mes responsabilités de secrétaire chargée de la rédaction et de la frappe des TRACTS. En effet, outre de savoir taper à la machine, le bureau de mon papa se trouvait à deux cages d'escaliers de notre appartement, ce qui me permettait, durant quelques nuits, de subtiliser les clés dudit bureau dans son veston, de pénétrer dans le bureau de sa secrétaire de me servir de sa machine à écrire (une Olivetti violette, je m'en souviens encore...) et surtout de la machine à stencils à encre, sur laquelle j'imprimais les TRACTS, vidant de son contenu le stock de feuilles dont les réserves s'épuisaient au point d'étonner sa secrétaire. TRACTS ensuite écoulés nuitamment par les copains qui m'attendaient dans la cage de mon escalier et que j'aidais à coller sur tous le murs de la cité.

Je passais donc quelques nuits blanches au service de la REVOLUTION et de la CAUSE, mais un jour, ou plutôt une nuit, les choses tournèrent mal pour mon matricule.

Malgré toutes les précautions prises dans mes virées nocturnes : je recouvrais la machine à écrire, je nettoyais la machine à stencils, je rechargeais les bacs à feuilles.... Un soir, je constatais que j'avais utilisé la dernière rame de papier et malgré toutes mes recherches, je n'en trouvais pas d'autres pour remplacer celle que je venais d'utiliser.

Le lendemain matin, Frida (elle était strasbourgeoise) la secrétaire vint voir mon papa  : "Yopla, M. Papa, c'est pas possipleu, chais chargé la machine à stencils hier soir et ya plus de papier ce matin et yen a plus tu tout, moi cheu tis que ya quelqu'un qui toit fenir le soir, c'est pas possiple autrement..."

Mon papa prit acte et ne dit rien. Mais commença à avoir des doutes à la vue de mes valises sous les yeux, de mes discours plus ou moins orientés, et surtout, surtout, à la vue de quelques tracts collés dans la cage de l'immeuble qui abritait les bureaux d'étude. J'aurais jamais dû coller des tracts à cet endroit là...

A partir de la nuit suivante, mon papa décida de ne dormir que d'un oeil. Quelques nuits plus tard, il me fallut à nouveau servir la CAUSE et taper d'autres TRACTS. Je me lève, m'habille en vitesse, sort de ma chambre, emprunte les clés du bureau dans le veston paternel, sort de l'appartement familial, prend l'ascenseur et par les galeries, arrive sans encombre à son bureau.

Ceux qui connaissent le Mirail, savent de quoi je parle : les escaliers et les cages d'escaliers communiquent entre eux par des galeries situées au 5e et 10 étages de ces barres d'immeubles, c'est à dire, que lorsqu'il pleuvait, je pouvais, rien qu'en empruntant ces galeries et quelques ascenseurs, arriver sans m'être mouillée, au pied de mon collège.

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J'entre, referme la porte à clé, retire la clé (2e erreur) et commence aussitôt mon labeur : rédaction, impression, le tout à la lampe de poche (ben j'allumais pas les lumières, j'étais pas folle tout de même !) et c'est au moment où je commence à actionner la manivelle de la machine à stencils que.... la lumière fut et que mon papa parût dans l'encadrement de la porte :(

Papa : "tu veux que je t'aide ? c'est quoi ce bazar ? COMMENT ? MORT AUX CAPITALISTES ??? ET TU LE SAIS BOUGRE D'IDIOTE QUE C'EST TON CON  DE CAPITALISTE DE PERE QUI TE NOURRIT, QUI TE PAIE TES ETUDES, TES SORTIES, TES FRINGUES ET TES VACANCES EN HÔTEL 4**** ??? ELLE A BONNE MINE LA BOLCHEVIQUE QUI SE DORE LA PILULE SUR LA PLAGE ET SE FAIT SERVIR PAR DES EXPLOITES DU CAPITALISME ????"

Le ton monte, on entend fuser : "FACHO ! PHALLOCRATE ! LE PEUPLE VAINCRA ! MERDEUSE ! IRRESPONSABLE ! PENSION !"

Bref, mon papa ne me laissa pas terminer mon boulot de trotskyste, je regagnais l'appartement familial à grands coups de pieds au Q et  quelques taloches. Les copains (tous, des gosses de bourg...), ameutés par mes cris et la grosse voix de mon papa, arrivèrent en renfort, mon papa leur botta le Q également (c'était une époque bénie où n'importe quel adulte pouvait botter le Q de n'importe quel ado, même si c'était pas le sien sans risquer de se retrouver en Correctionnel !)....

Ma maman fut réveillée par nos beuglements, prit connaissance de mes exploits et de mes tribulations, pleura beaucoup, invoqua la protection de la Sainte Vierge, de mon Ange Gardien et de tous les Saints du Paradis, et surtout, surtout, il fut décidé sur le champ, que je ferais mes classes de lycée chez les Soeurs de Saint-Vincent-de-Paul, institution so chic pour jeunes filles de bonne famille :(

Plusieurs années plus tard, en faisant quelques recherches généalogiques, j'appris que dans ma famille paternelle, outre  quelques hommes d'Eglise, avaient sévi quelques REVOLUTIONNAIRES MALTAIS qui détestaient Napoléon et avec qui ça c'était pas bien passé du tout, du tout !!!

GRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR : je n'avais fait que perpétuer la tradition familiale et on avait osé me contrarier dans ma vocation !!!

 

 

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S
La tête de tes parents quand ils ont su !!! J'aurais bien aimé voir ça ! Et toi, mini-ciboulette à coller tes affiches dans les couloir de la cité... Y a pas à dire... j'étais plus calme (m'enfin, ça n'a duré qu'un temps, car je me suis vite rattrapée).
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C
Ciboulette Junior! Tu as lu ça????
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L
ha le stockfled, la route du polygone, etc etc... j'y suis encore passée le week end dernier! ma petite soeur habite au neudorf!
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W
;)
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T
j'ai encore oublié de payer ! je me sers plus de cette ligne ! je me sers que de l'ADSL ! ça fait, que j'oublie une fois sur deux, et comme l'autre, ben c'est prélevé automatiquemen, ben celle-ci, si personne ne me dit rien, je m'en aperçois pas ! surtout pour 45 € tu parles d'une facture ! je paie plus que l'abonnement ! faut que je fasse prélever aussi, bouge pas je t'appelle !
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