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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 10:54
UN DÉPUTÉ COMMUNISTE OUTRE-MER CONTRE LE MARIAGE GAY

Une intervention brillante de Bruno Nestor AZÉROT,
député du Groupe communiste.

Madame la Garde des Sceaux, Madame la Ministre, Monsieur le Président, chers collègues,

J'ai soutenu jusqu'à présent tous les projets et engagements de la gauche. Mais il y a aujourd'hui une profonde confusion qui m'interpelle. La liberté de conscience et de vote qui existe au sein de mon groupe parlementaire, le GDR, me permet d'exprimer une voix qui est celle d'un homme libre d'Outre-mer, et j'en remercie mes collègues du groupe dont les avis sont divers et très partagés sur ce texte.

Outre-mer, en revanche, la quasi totalité de notre population est opposée à ce projet qui bouscule toutes les coutumes, toutes les valeurs sur lesquelles reposent nos sociétés ultramarines. Cette voix doit être entendue et comprise. Et nous devons exprimer cette opinion à notre électorat qui ne comprend pas ce qui se passe ici et maintenant.

Le risque est en effet grand d'un profond désenchantement vis-à-vis de la politique du gouvernement, voire d'une cassure morale irrémédiable.

Car ce texte ne donne pas une liberté supplémentaire, il fragilise le délicat édifice sur lequel se sont construites nos sociétés antillaises et guyannaises après l'abolition de l'esclavage. Il y a même à mon sens un risque de rupture de pacte républicain qui nous lie depuis plus deux siècles à la France.

Cette question du mariage homosexuel appelle en effet de ma part des réflexions de fond. Il est nécessaire de distinguer la question de l'homosexualité et celle du mariage gay. Et la confondre, comme l'ont fait certains orateurs, n'est pas honnête.

L'homosexualité est une pratique qui relève de la sphère privée. C'est une réalité, qu'il faut prendre en compte, et appelle des droits et une protection de vie privée pour ceux qui pratiquent.

Le mariage gay et l'adoption pour les couples homosexuels relève eux de la sphère publique en ce qu'ils bouleversent la norme en vigueur en établissant une nouvelle norme en matière de famille, de filiation et de transmission patrimoniale. Sur ce chemin là, précisément, nous ne pouvons pas suivre.

Peut-on parler en effet de progrès et de nouvelle liberté ?

À l'origine, en établissant le mariage comme institution, la société a donné un cadre juridique à une donnée naturelle : l'union d'un homme et d'une femme en vue de la procréation d'un enfant. Peut-il en être de même avec le mariage gay ? À l'évidence non.

Certes, aujourd'hui, le mariage est plus un mariage sentiment qu'un mariage procréation, comme il l'était autrefois. L'enfant n'est plus la finalité du mariage, et des personnes hors du mariage peuvent au contraire avoir envie d'enfants, ou des couples stériles.

La question qui se pose est donc de savoir plutôt si le sentiment doit devenir le sens nouveau et unique du mariage, ouvert à tous les hommes et les femmes, fussent-ils hétérosexuels ou homosexuels.

Doit-on révolutionner ainsi le mariage en France et en Outre-mer au risque de perdre nos valeurs fondamentales ? Allons nous vers cette société où l'individualisme hédoniste remplacera nos vieilles doctrines (…?) et socialistes fondée sur la solidarité, la liberté, l'égalité.

La famille, pivot de notre société depuis les Constituants et la Révolution Française, depuis l'émancipation de 1848, va t-elle exploser au sens littéral du terme ? Notre responsabilité est grande devant l'histoire.

Moi, issu - homme issu d'un peuple opprimé, réduit à l'esclavage, où le système social était un système qui refusait à un homme et à une femme de pouvoir avoir un enfant et de se marier légitimement, où le mariage était interdit, et fut une conquête de la liberté, j'AFFIRME le droit à l'égalité dans la différence et non dans le même, le semblable, l'unique.

Car enfin, au nom de l'égalité, du refus des discriminations, peut-on établir une équivalence entre tous les couples ? Je crois au contraire que l'on ne peut mettre fondamentalement hérérosexualité et homosexualité. Un homme et une femme n'est pas pareil que deux hommes ou deux femmes ensemble.

Établir une équivalence, une nouvelle égalité, une nouvelle norme, c'est nier la réalité. C'est établir une oppression en confondant genre, sexe et pratique. C'est un diktat de la pensée contre l'humanité vitale et le droits de l'homme et de la femme.

Refuser cette différence naturelle, c'est refuser la différence sexuée. C'est déjà revenir sur l'oppression de la femme et de ses droits émancipés. C'est instaurer une nouvelle contrainte.

Oui : car cela interdit de faire la différence désormais entre un homme et une femme au risque d'être discriminatoire.

Et l'enfant ? Puisque deux hommes ou deux femmes ne peuvent procréer, que va-t-on faire ? Car pour procréer, il faut bien un homme et une femme.

Donc, inéluctablement, il y aura recours à la Procréation Médicale Assistée, car ce désir d'enfant est légitime. Mais ce n'est pas le droit qui refuse aux homosexuels d'avoir un enfant, c'est la Nature ! Alors, pour pallier ce problème de stérilité (…?), on aura recours à la PMA.

Où est donc le progrès social ? Où est la liberté nouvelle ? Comment voulez-vous qu'un homme dont les ancêtres ont été vendus et chosifié ne soit pas inquiété par cela ?

La gauche a le pouvoir dans cette assemblée. Je suis un homme de gauche. C'est parce que je suis un homme de gauche que je préfère l'humain et l'humanisme à ce que sous-entend ce texte.

Alors qu'un tiers des hommes et femmes d'Outre-mer est sous le seuil de pauvreté, quand notre PIB est d'un quart inférieur à celui de l'Hexagone, et que 60% des jeunes de moins de 25 ans sont toujours au chômage, n'y avait-il pas d'autre priorité ?

Que dirais-je à ce jeune martiniquais qui entré dans la délinquance et sans travail, dont les parents sont aussi sans emploi, est sans logement et qui n'a pas de quoi se nourrir. Il n'a pour seule alternative que de récidiver pour pouvoir être reconduit en prison pour pouvoir avoir enfin un toit et à manger. Que lui dirais-je demain ? Que je lui ai offert en tant que législateur une grande liberté : non pas du travail, non pas un logement, non pas un avenir décent, non pas un espoir de vie, mais le mariage pour tous !

À mon grand regret, mais avec ma conviction d'homme engagé et libre de gauche, je ne voterai pas ce projet qui est attentatoire aux libertés, et ne répond pas aux aspirations profondes du peuple, en particulier en Outre-mer.

Je vous remercie.
 
 
.... Monsieur Bruno Nestor AZEROT : c'est NOUS qui vous remercions.
 

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commentaires

Odile 04/02/2013 10:49


Cette vidéo a bien circulée, merci à Monsieur NESTOR AZEROT vont ils l'écouter ?????


 


 


Bonne journée Madame CIBOU


 

claudine 01/02/2013 19:00


Excellent, tu as bien fait de nous en faire profiter.

mab 01/02/2013 08:01


Sera t-il entendu?

Pat de Verre 31/01/2013 12:00


Comme quoi, il y a des gens à gauche qui s'insurgent contre la "pensée unique"...

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